La petite histoire de l'intelligence artificielle
Chapitre 5 : L'ère de l'information (1945-2010)

Afrique

Publié le 27 décembre 2025
• Mis à jour le 31 décembre 2025
17 min de lecture

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Ubuntu - Philosophie africaine

Ubuntu : 'Je suis parce que nous sommes' - La philosophie africaine qui a inspiré le système d'exploitation libre le plus populaire au monde.

L'arbre à palabres numérique

L'Afrique et les fondations de l'intelligence artificielle (1945-2010)

Hier — Les racines de l'intelligence collective

Dans chaque village africain, il existe un arbre. Pas n'importe quel arbre — celui sous lequel on se rassemble pour parler, écouter, décider ensemble. L'arbre à palabres. Nelson Mandela le décrivait comme « une institution démocratique à part entière ». Sous son ombre, les décisions ne sont contraignantes que lorsque toutes les parties expriment leur accord. Pas de vote à la majorité qui écrase la minorité. Pas de hiérarchie qui impose sa volonté. Un consensus patient, parfois long, toujours inclusif.

Cette façon de penser l'intelligence — non pas comme le privilège d'un individu, mais comme l'émergence d'un collectif — traverse l'histoire africaine. Elle porte un nom : Ubuntu. « Umuntu ngumuntu ngabantu », dit le proverbe zoulou. Une personne est une personne à travers les autres personnes. Je suis parce que nous sommes. Cette philosophie, qui place la communauté au centre de l'existence humaine, a guidé Desmond Tutu dans sa direction de la Commission Vérité et Réconciliation. Elle a nourri le leadership de Mandela dans l'Afrique du Sud post-apartheid. Et elle contenait, bien avant l'invention des ordinateurs, les principes mêmes qui fondent aujourd'hui les systèmes distribués et les mécanismes de consensus des réseaux numériques.

Car que fait l'arbre à palabres, sinon ce que tentent de réaliser les protocoles de consensus des chaînes de blocs ? Rassembler des voix diverses, chercher l'accord plutôt que l'imposition, valider collectivement une décision. Les tambours parlants qui transmettaient des messages codés à travers la savane préfiguraient les protocoles de communication. Les griots qui mémorisaient des généalogies entières étaient des bases de données vivantes. L'Afrique n'a pas attendu l'ordinateur pour penser l'information et son partage.

Mais cette pensée fut longtemps ignorée, puis activement détruite.

Quand les puissances coloniales installèrent leurs premiers systèmes de communication en Afrique — le télégraphe, puis le téléphone —, ces technologies ne servaient pas les Africains. Elles servaient l'extraction des ressources, le contrôle des populations, l'administration coloniale. L'infrastructure était orientée vers les ports, vers l'exportation, vers les centres du pouvoir colonial. L'innovation indigène fut systématiquement supprimée. Les savoirs locaux, déclarés primitifs, furent marginalisés dans les curricula des écoles coloniales.

La vague d'indépendances des années 1960 ouvrit une fenêtre. La déclaration de l'ONU de 1960 reconnut que la colonisation était un déni des droits humains. En quelques années, plus de la moitié des colonies européennes en Afrique obtinrent leur souveraineté. Des universités furent établies — au Ghana, au Nigeria, au Kenya, au Sénégal. En 1960, environ quatre mille cinq cents diplômés universitaires au Ghana, plus de cinq mille au Nigeria. Une génération de penseurs africains commença à imaginer ce que pourraient être des technologies adaptées à leurs contextes.

À l'Université de Dakar, dans les années 1980, une équipe interdisciplinaire travaillant avec des micro-ordinateurs formula un principe qui résonne encore aujourd'hui : pour être utiles au Sénégal, les logiciels devaient être développés par des experts sénégalais selon la culture sénégalaise. Cette affirmation — qui pourrait sembler évidente — était en réalité révolutionnaire. Elle posait que la technologie n'était pas neutre, qu'elle portait les valeurs de ceux qui la concevaient, et que l'Afrique devait créer ses propres outils plutôt que simplement importer ceux des autres.

Mais pendant que certains rêvaient d'une informatique africaine, d'autres utilisaient les ordinateurs pour opprimer.

L'Afrique du Sud sous l'apartheid fut totalement dépendante des ordinateurs importés — aucun ordinateur central ne fut jamais fabriqué localement. Et ces machines servirent l'un des systèmes de classification raciale les plus méthodiques de l'histoire. Le registre de population informatisé — l'outil le plus crucial du régime — fichait plus de vingt-cinq millions d'Africains noirs. Chaque individu classifié, catégorisé, surveillé. Le Département des Affaires Plurielles gérait un système de passeports intérieurs qui contrôlait les déplacements. Le matériel et le logiciel qui sous-tendaient cette machinerie de l'oppression venaient d'IBM, le plus grand fournisseur d'ordinateurs en Afrique du Sud pendant toute la période de l'apartheid.

En 1978, les ventes d'IBM dans le pays augmentèrent de deux cent cinquante pour cent. En 1982, elles atteignaient environ trois cents millions de dollars par an. L'entreprise avait spécifiquement soumissionné pour produire les documents d'identité nationaux et leurs systèmes informatiques. L'informatique, dans ce contexte, n'était pas un outil de libération — elle était une arme d'asservissement.

Il fallut les sanctions internationales, le mouvement de désinvestissement, la pression mondiale pour que cette complicité prenne fin. IBM quitta officiellement l'Afrique du Sud en 1987. Mais ses produits continuèrent à circuler. Et l'héritage de cette période — l'informatique comme instrument de contrôle — marqua durablement la relation du continent avec la technologie.

Car l'autre héritage de ces décennies fut l'hémorragie des talents. Depuis 1985, l'Afrique perd en moyenne vingt mille professionnels qualifiés par an. Médecins, ingénieurs, scientifiques, informaticiens — une génération entière de cerveaux formés sur le continent mais qui exercent ailleurs. Le coût pour l'Afrique : environ deux milliards de dollars par an. Le bénéfice pour les pays d'accueil : bien davantage. La Grande-Bretagne seule tire environ deux milliards de dollars annuels des professionnels africains qu'elle a accueillis.

Cette fuite des cerveaux n'était pas un accident. Elle était le produit de décennies de sous-investissement, d'instabilité politique, de manque d'opportunités. Les talents africains ne fuyaient pas leur continent par désamour — ils cherchaient les conditions qui leur permettraient d'exercer leur génie. Et beaucoup, comme nous le verrons, contribuèrent depuis l'étranger à l'histoire de l'informatique mondiale — tout en rêvant du jour où ils pourraient le faire depuis chez eux.

L'arbre à palabres était toujours là. Mais ses branches avaient été taillées, ses racines asséchées. Il faudrait du temps pour qu'il repousse — et qu'il trouve une nouvelle forme, numérique cette fois.

Aujourd'hui — Le saut par-dessus l'abîme

L'histoire de l'informatique africaine pourrait se résumer à un paradoxe : le continent le plus tardivement connecté est devenu, dans certains domaines, le plus innovant.

Jusqu'aux années 1990, l'Afrique était presque totalement déconnectée du monde numérique. Le taux de pénétration téléphonique — moins de trois pour cent — était le plus bas de la planète. Les lignes fixes, déployées ailleurs depuis les années 1880, n'existaient que pour les administrations, l'élite, les grandes entreprises. Moins d'un pour cent du trafic Internet mondial atteignait le continent. Quand la première connexion TCP/IP africaine fut établie — en octobre 1991, de la Tunisie vers la France —, le reste du monde était déjà en ligne depuis des années.

Et pourtant.

Plutôt que de rattraper son retard étape par étape — construire d'abord le réseau téléphonique fixe, puis l'Internet filaire, puis le mobile —, l'Afrique sauta directement à la dernière étape. Ce bond par-dessus l'abîme porte un nom technique : le dépassement technologique. Mais il exprime quelque chose de plus profond : la capacité à inventer des solutions adaptées à son contexte plutôt que de copier des modèles étrangers.

Le 6 mars 2007, une entreprise kenyane lança un service qui allait transformer l'inclusion financière mondiale. M-Pesa — « M » pour mobile, « Pesa » pour argent en swahili — permettait d'envoyer et de recevoir de l'argent par simple téléphone portable. L'idée était venue d'une observation : les Kenyans utilisaient déjà le crédit téléphonique comme monnaie d'échange, se transférant des minutes de communication en guise de paiement. Pourquoi ne pas formaliser cette pratique ?

Le contexte au lancement était édifiant. En 2006, quarante et une banques commerciales au Kenya disposaient de quatre cents agences pour trente-six millions d'habitants. Seulement dix-huit virgule neuf pour cent de la population était bancarisée. Plus d'un tiers était totalement exclu du système financier — ni compte, ni épargne, ni possibilité d'envoyer de l'argent à distance autrement qu'en espèces.

En moins de deux ans, M-Pesa devint la méthode dominante de transfert d'argent au Kenya. En 2011, dix-sept millions d'abonnés. Le réseau d'agents — quatre cent cinquante au lancement — atteignit dix-huit mille en 2010, quarante mille en 2016. L'inclusion financière passa de dix-huit virgule neuf pour cent à quatre-vingts pour cent. Une révolution silencieuse, portée par des téléphones basiques, sans écran tactile ni connexion Internet.

Le plus remarquable ? Cette innovation africaine précéda l'Occident. Quand M-Pesa se déployait au Kenya, les paiements mobiles n'existaient pratiquement pas en Europe ou aux États-Unis. L'Afrique n'imitait pas — elle inventait.

L'année suivante, une autre innovation kenyane fit le tour du monde. En décembre 2007, l'élection présidentielle kenyane fut contestée. Des violences éclatèrent. Et pendant trois jours, les médias traditionnels se turent. Dans ce silence, quatre technologues — Ory Okolloh, avocate et blogueuse kenyane ; Juliana Rotich, informaticienne kenyane ; David Kobia, développeur kenyan ; et Erik Hersman, entrepreneur établi au Kenya — créèrent en quelques jours un site web pour collecter les témoignages de violence.

Ushahidi — « témoignage » en swahili — permettait à n'importe qui d'envoyer un rapport par SMS ou par courriel. Ces rapports étaient placés sur une carte, créant une visualisation en temps réel de la crise. Le logiciel était libre et ouvert. N'importe qui pouvait le réutiliser, l'adapter, le déployer ailleurs. Cette plateforme de cartographie citoyenne fut utilisée pour suivre le tremblement de terre en Haïti, les élections en Inde, la marée noire du Golfe du Mexique. Cent mille déploiements dans cent soixante pays. Une technologie née de la nécessité africaine, devenue un outil mondial.

Ces innovations n'étaient pas des accidents isolés. Elles s'inscrivaient dans une vision plus large, portée par des pionniers qui croyaient que l'Afrique pouvait contribuer à l'informatique mondiale — pas seulement la consommer.

Rose Dieng-Kuntz naquit à Dakar en 1956. Élève brillante du Lycée Van Vollenhoven, elle remporta plusieurs premiers prix au Concours Général sénégalais avant d'obtenir son baccalauréat avec mention très bien. En 1976, à vingt ans, elle devint la première femme africaine admise à l'École polytechnique de Paris. Elle poursuivit à l'École Nationale Supérieure des Télécommunications, puis obtint un doctorat en informatique à l'Université Paris-Sud.

Sa carrière à l'INRIA — l'Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique — la plaça au cœur de la recherche française en intelligence artificielle. En 1992, elle devint la deuxième femme à diriger un projet de recherche dans cette institution. Elle fut parmi les premières à travailler sur le web sémantique, commençant ses travaux quelques années seulement après le lancement du web lui-même. Le logiciel SMECI, qu'elle co-développa — un générateur de systèmes experts —, fut commercialisé avec succès à partir de 1988.

En 2005, elle reçut le Prix Irène Joliot-Curie, récompensant la scientifique de l'année. En 2006, elle fut faite Chevalier de la Légion d'Honneur pour ses travaux pionniers en intelligence artificielle. À sa mort en 2008, la Ministre française de l'Enseignement supérieur déclara : « La France et le monde scientifique viennent de perdre un esprit visionnaire et un immense talent. » Rose Dieng-Kuntz reste, au Sénégal, un symbole et un exemple pour les jeunes filles qui rêvent de science.

Une autre Africaine allait marquer l'histoire de l'intelligence artificielle — mais d'une manière très différente. Timnit Gebru naquit à Addis-Abeba, en Éthiopie, au début des années 1980. Son père, ingénieur électricien, mourut quand elle avait cinq ans. Élevée par sa mère économiste, elle dut fuir l'Éthiopie à quinze ans, pendant la guerre érythréo-éthiopienne, après la déportation de membres de sa famille. D'abord refusée pour un visa américain, elle vécut brièvement en Irlande avant d'obtenir l'asile politique aux États-Unis.

Son doctorat en informatique à Stanford la mena vers un domaine alors peu exploré : les biais algorithmiques. Avec Joy Buolamwini, elle publia une étude révolutionnaire sur les disparités des systèmes de reconnaissance faciale commerciaux. Les résultats étaient accablants : un taux d'erreur de moins de zéro virgule huit pour cent pour les hommes à peau claire, contre trente-quatre virgule sept pour cent pour les femmes à peau foncée. Certains systèmes atteignaient quarante-six virgule huit pour cent d'erreur pour les femmes à la peau la plus foncée. L'intelligence artificielle, censément objective, reproduisait et amplifiait les préjugés de ceux qui l'avaient conçue.

En 2016, Timnit Gebru assista à la conférence NIPS — le plus grand rassemblement mondial de chercheurs en apprentissage automatique. Sur huit mille cinq cents délégués, elle compta cinq hommes noirs. Elle était la seule femme noire. Avec Rediet Abebe, elle aussi née à Addis-Abeba, elle fonda Black in AI — une communauté visant à augmenter la présence et la visibilité des chercheurs noirs dans le domaine. En 2021, Fortune la classa parmi les cinquante plus grands leaders du monde. Nature l'inclut parmi les dix scientifiques ayant eu les rôles les plus importants de l'année. Time la nomma parmi les personnes les plus influentes de 2022.

L'Afrique du Sud apporta une autre contribution majeure — cette fois philosophique autant que technique. Mark Shuttleworth naquit à Welkom en 1973. À l'Université de Cape Town, il fonda Thawte, une entreprise de sécurité Internet qui devint leader mondial du commerce électronique. En 1999, il vendit Thawte et devint milliardaire. En 2002, il fut le deuxième touriste spatial de l'histoire, passant huit jours sur la Station Spatiale Internationale. Depuis l'espace, il eut une conversation radio avec Nelson Mandela.

Mais sa contribution la plus durable vint deux ans plus tard. En 2004, il fonda Canonical et lança Ubuntu Linux — l'un des systèmes d'exploitation libres les plus populaires au monde. Le nom n'était pas un hasard. Ubuntu, la philosophie africaine du « Je suis parce que nous sommes », incarnait parfaitement l'esprit du logiciel libre : une communauté mondiale partageant et améliorant collectivement un bien commun. La technologie au service de l'humanité entière, pas d'une entreprise ou d'un pays. L'arbre à palabres, devenu code informatique.

Au-delà — Les rassemblements à venir

L'arbre à palabres renaît sous de nouvelles formes.

En 2017, un groupe de chercheurs africains frustrés par le manque d'investissement dans l'intelligence artificielle sur leur continent organisa un rassemblement. Ils l'appelèrent Deep Learning Indaba — « Indaba » signifiant « rassemblement » en isiZulu. La première édition, à l'Université du Witwatersrand à Johannesburg, réunit plus de trois cents participants venus de vingt-trois pays africains. L'année suivante, six cent cinquante délégués à Stellenbosch. Puis Nairobi, avec le soutien croissant de Google et Microsoft.

Aujourd'hui, le Deep Learning Indaba compte des chapitres dans quarante-sept des cinquante-cinq nations africaines. Son objectif, formulé par l'un de ses fondateurs, le Sud-Africain Vukosi Marivate : « rassembler la communauté africaine pour renforcer l'apprentissage automatique, afin que nous puissions contribuer, façonner et finalement être propriétaires de ces technologies émergentes ».

Propriétaires. Le mot est essentiel. Car pendant des décennies, l'Afrique a été consommatrice de technologies conçues ailleurs, pour d'autres contextes, selon d'autres valeurs. Le Deep Learning Indaba incarne une ambition différente : que les Africains ne soient plus spectateurs de la révolution de l'intelligence artificielle, mais acteurs et créateurs.

Cette ambition trouve une expression concrète dans Masakhane — « Nous construisons ensemble » en isiZulu. Cette organisation de base s'est donné pour mission de renforcer la recherche en traitement automatique des langues africaines, pour les Africains, par les Africains. Le défi est immense : deux mille cent quarante-quatre des sept mille cent onze langues vivantes dans le monde sont africaines — près d'un tiers du total. Pourtant, quatre-vingt-huit pour cent de ces langues sont « sévèrement sous-représentées » ou « complètement ignorées » en linguistique computationnelle. Moins de cinquante langues africaines sont disponibles sur les services de traduction automatique.

Masakhane a créé des corpus de données pour la reconnaissance d'entités nommées dans vingt langues africaines — de l'amharique au yoruba, du swahili au wolof. Ses valeurs sont explicites : la propriété (les Africains doivent être aux commandes du processus de recherche, pas observateurs ou fournisseurs de données), la souveraineté des données (les Africains doivent décider quelles données représentent leurs communautés), la reproductibilité (publier le code et les données pour que d'autres puissent construire dessus). Le mouvement a augmenté les contributions pour le yoruba de trois cent vingt pour cent via des sprints d'annotation communautaire.

Car l'annotation est devenue l'un des enjeux majeurs de l'intelligence artificielle contemporaine — et l'Afrique y joue un rôle ambigu. Les grands modèles de langage qui alimentent les agents conversationnels actuels ont été entraînés sur des données étiquetées par des humains. Une partie importante de ce travail a été externalisée vers le Kenya, l'Ouganda, d'autres pays africains. Des entreprises comme Sama — fondée en 2008 avec la mission de « donner du travail, pas de l'aide » — recrutent des jeunes dans les communautés à faible revenu, les forment en dix jours à l'annotation de données, et les emploient pour étiqueter du contenu au service des géants technologiques.

Le modèle semblait vertueux. Mais les révélations se sont multipliées. Pour construire les systèmes de sécurité contre le contenu toxique, des travailleurs kenyans ont été exposés à des images et des textes traumatisants — violence, abus, haine — pour des salaires inférieurs à deux dollars de l'heure. L'un d'eux a décrit l'expérience comme « de la torture ». En 2024, ces travailleurs ont fondé la Data Labelers Association pour lutter pour un salaire équitable et un soutien en santé mentale. Trois cent trente-neuf membres ont rejoint l'organisation dans sa première semaine.

L'intelligence artificielle a ses mineurs de fond — et beaucoup sont africains. Invisibles dans les communiqués de presse des entreprises technologiques, indispensables au fonctionnement de leurs produits. Cette réalité pose une question éthique fondamentale : qui bénéficie vraiment de la révolution de l'IA ?

La réponse, pour l'instant, reste incertaine. Mais les initiatives africaines dessinent une autre possibilité. InstaDeep, fondée à Tunis en 2014 par Karim Beguir et Zohra Slim avec deux ordinateurs et deux mille dollars, est devenue en 2018 l'une des premières jeunes pousses africaines à publier de la recherche originale en intelligence artificielle dans les conférences internationales les plus prestigieuses. En 2023, elle fut acquise par BioNTech pour près de sept cents millions de dollars — la plus grande acquisition jamais réalisée pour une entreprise africaine de technologie profonde. Pendant la pandémie, son système d'alerte précoce avait identifié les variants problématiques du virus avant qu'ils ne se propagent.

L'Afrique du Nord, l'Afrique de l'Ouest, l'Afrique de l'Est, l'Afrique australe — partout, des pôles d'innovation émergent. La Silicon Cape Initiative en Afrique du Sud depuis 2009. Le iHub de Nairobi depuis 2010 — cent cinquante-deux entreprises technologiques formées, quarante millions de dollars levés, quarante mille emplois créés. Le Co-Creation Hub de Lagos depuis 2010. En 2011, moins de quarante incubateurs technologiques existaient sur le continent. En 2023, plus de sept cents.

L'arbre à palabres numérique pousse dans toutes les directions.

Son ombre n'a pas encore la portée de celle de la Silicon Valley. Ses racines sont encore fragiles — la fuite des cerveaux continue, l'infrastructure reste insuffisante, le financement demeure limité. Mais quelque chose a changé. L'Afrique ne se contente plus d'importer des technologies conçues ailleurs. Elle les réinvente selon ses propres valeurs — le consensus plutôt que la compétition, la communauté plutôt que l'individu, l'inclusion plutôt que l'extraction.

Ubuntu. Je suis parce que nous sommes. Cette philosophie, née bien avant les ordinateurs, pourrait être la contribution la plus précieuse de l'Afrique à l'intelligence artificielle. Non pas un algorithme particulier, non pas une architecture de réseau de neurones, mais une façon de penser ce que la technologie devrait servir.

L'intelligence artificielle dominante aujourd'hui est largement américaine, chinoise, européenne. Elle reflète les valeurs de ceux qui l'ont créée — l'optimisation, l'efficacité, la croissance. Une intelligence artificielle africaine pourrait être différente. Elle pourrait placer la communauté au centre. Elle pourrait chercher le consensus plutôt que la domination. Elle pourrait respecter la diversité des langues et des cultures plutôt que de les homogénéiser.

Nous n'en sommes pas encore là. Mais l'arbre a été replanté. Ses branches commencent à s'étendre. Et sous son ombre, de nouveaux rassemblements se forment — comme ils se formaient jadis, comme ils se formeront demain.

Car l'intelligence, au fond, n'a jamais été une affaire solitaire. Elle émerge du dialogue, de l'échange, de la confrontation bienveillante des idées. Elle naît sous l'arbre à palabres — qu'il soit fait de bois ou de code.