La petite histoire de l'intelligence artificielle
Chapitre 7 : Projection vers le Futur

Introduction

Publié le 30 décembre 2025
• Mis à jour le 31 décembre 2025
5 min de lecture

Illustrations

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L'accélération (2026-2030)

Premier horizon : l'ère de l'accélération où les systèmes agentiques et la course vers l'AGI redéfinissent les règles du jeu.

Introduction — Cartographier l'inconnu

Pourquoi regarder devant, et comment

Les cartographes d'autrefois dessinaient ce qu'ils connaissaient — les côtes familières, les routes parcourues, les ports où leurs navires avaient jeté l'ancre. Au-delà des limites du connu, ils inscrivaient parfois une formule : Hic sunt dracones. Ici sont les dragons. Non pas qu'ils croyaient aux monstres, mais parce qu'ils savaient que l'inconnu exige le respect.

Nous allons entreprendre un voyage semblable — non pas à travers l'espace, mais à travers le temps. Les essais qui suivent tentent de cartographier ce qui nous attend : les cinq prochaines années, la décennie suivante, le quart de siècle à venir. L'entreprise est singulière. L'avenir, par définition, n'existe pas encore. On ne peut l'observer, le mesurer, le vérifier. Et pourtant, on peut l'explorer.

La prospective n'est pas la prophétie. Elle ne prétend pas révéler ce qui adviendra. Elle trace plutôt les forces déjà en mouvement, suit leurs trajectoires, imagine où elles pourraient mener. Elle identifie des signaux — certains forts, d'autres faibles — et interroge ce qu'ils suggèrent du monde en train de prendre forme autour de nous.

L'approche que nous adoptons ici repose sur une observation simple : l'avenir n'arrive pas d'un seul coup. Il se déploie par couches. Ce qui se passera dans les cinq prochaines années est largement déterminé par des décisions déjà prises, des investissements déjà engagés, des technologies déjà développées. Les courbes sont tracées ; nous ne faisons que les prolonger. Mais à mesure que nous regardons plus loin, l'incertitude grandit. L'horizon à dix ans est plus flou. L'horizon à vingt-cinq ans se dissout en possibilités plutôt qu'en probabilités.

C'est pourquoi nous organisons notre exploration autour de trois horizons.

Le premier horizon — 2026 à 2030 — est celui de l'accélération. Ici, les signaux sont forts. L'intelligence artificielle n'est plus une curiosité de laboratoire ; c'est une force qui remodèle les économies, les sociétés, la géopolitique. Nous voyons clairement les trajectoires : la montée des systèmes agentiques qui agissent plutôt que de simplement répondre, la course vers l'intelligence artificielle générale, la fragmentation de la régulation mondiale en philosophies concurrentes, la transformation du travail et de la médecine. Ce ne sont pas des spéculations. Ce sont des extrapolations de ce qui est déjà en cours.

Le deuxième horizon — 2031 à 2036 — est celui de la transformation. Ici, les contours commencent à se brouiller. Si l'intelligence artificielle générale arrive — et de nombreux experts pensent désormais qu'elle arrivera — la période qui suivra ne ressemblera à rien de ce que nous avons connu. Des robots humanoïdes marcheront peut-être parmi nous. La science s'accélérera peut-être d'un ordre de grandeur. Le monde se divisera peut-être en sphères technologiques distinctes, chacune avec sa propre intelligence artificielle, ses propres valeurs, sa propre vision de l'avenir. Les signaux restent forts, mais leurs implications sont plus difficiles à tracer.

Le troisième horizon — 2036 à 2050 — est celui de la métamorphose. Ici, nous entrons dans le domaine de l'incertain. La superintelligence pourrait devenir une possibilité réelle — ou une menace réelle. L'économie du travail pourrait céder la place à quelque chose pour lequel nous n'avons pas encore de mots. La frontière entre biologie et computation pourrait se dissoudre. L'espace pourrait devenir le domaine d'intelligences artificielles qui n'ont pas besoin de retour. Nous ne voyons pas clairement à cette distance. Nous ne pouvons qu'esquisser des possibilités, identifier les questions qui appelleront des réponses.

À chaque horizon, nous distinguons les signaux forts des signaux faibles. Les signaux forts sont les tendances qui apparaissent robustes à travers de multiples sources, de multiples régions, de multiples analyses. Ce sont les courants qui nous portent, que nous nagions avec eux ou contre eux. Les signaux faibles sont différents. Ils émergent dans les marges — hésitants, incertains, faciles à écarter. Mais les signaux faibles peuvent devenir forts. Le téléphone intelligent était un signal faible en 2000. Le changement climatique était un signal faible en 1970. Ce qui semble marginal aujourd'hui pourrait définir demain.

Nous traçons aussi ce que nous appelons la convergence continentale : les manières dont les différentes régions du monde font face aux mêmes forces technologiques avec des ressources différentes, des histoires différentes, des choix différents. L'avenir n'arrivera pas uniformément. Les États-Unis et la Chine foncent, enfermés dans leur compétition. L'Europe régule et s'interroge sur sa place. L'Inde et l'Afrique cherchent des chemins qui ne suivent pas simplement ceux déjà parcourus. Le Moyen-Orient investit sa rente dans l'ambition technologique. Chaque région vivra une version différente de la transformation à venir.

Quel est le but de cet exercice ? Non pas prédire — car la prédiction est impossible. Non pas prescrire — car les choix nous appartiennent à tous. Le but est de préparer. Comprendre les forces en mouvement. Reconnaître les choix qui restent ouverts. Imaginer ce que nous pourrions vouloir avant que ce qui arrive ne soit déjà sur nous.

Les cartographes d'autrefois dessinaient leurs cartes non pour contraindre les voyageurs, mais pour les aider à naviguer. Ici sont les dragons, écrivaient-ils — non comme un avertissement de rester à l'écart, mais comme un rappel d'avancer avec conscience.

Les dragons sont là-bas. La question est de savoir si nous les rencontrerons préparés.